Ne réussissant pas à se montrer la source d’un avenir heureux, ce qu’il prétendait à ses débuts, l’esprit scientifique a renoncé à répondre aux questions fondamentales. Tout ce qu’il ne peut pas expliquer est considérer sans explication. Ce n’est pas la seule déconnexion : la science s’ancre peu dans les réalités quotidiennes : Qu’est-ce que l’archéologie peut apporter concrètement à un ouvrier de base avec un salaire étudié pour lui permettre à peine de nourrir sa famille ? Si les procédés scientifiques s’ancrent peu dans la vie, n’apportent pas de réponse aux questions fondamentales ni des solutions concrètes à des tas de problèmes pratiques, c’est en partie que la démarche scientifique obéit à des enjeux « supérieurs ». On peut illustrer cette position avec l’exemple des maladies « orphelines » pour lesquelles on ne trouve pas de crédit parce que les retombées financières seraient maigres et les recherches non rentables. La pensée scientifique est l’objet d’enjeux de pouvoirs ; en l’occurrence le pouvoir économique. Les laboratoires, grands acteurs de la recherche médicale, sont d’abord des machines à profit. Très vite quand on y réfléchit, d’autres enjeux apparaissent, comme l’enjeu politique. Il paraît évident qu’aucun sociologue d’une institution reconnue ne trouverait de crédit pour démontrer, je ne sais pas moi, que la République constituerait une usurpation des droits humains, par exemple.
La religion n’est pas exempte de cette dépendance d’enjeux. La religion catholique a gouverné une grande partie du monde pendant plus de mille ans sans établir l’Évangile dans les régions où elle avait le pouvoir. Et de nos jours, là où les religions gouvernent, religion sur la foi comme en Iran par exemple ou religion politique comme dans les régions socialistes, la pensée est sous enjeux aussi.