« Limites, manquements, fautes ou beaux côtés » par rapport à quoi ? Ne suis-je pas en train de faire peser une morale sur des comportements tellement habituels qu’on peut les penser naturels ? Il ne s’agit pas de morale mais d’une interrogation profonde en lien avec la recherche d’idéal. A la recherche d’un monde idéal correspond celle d’un moi idéal, d’un idéal intérieur.
C’est peut-être justement là que réside la difficulté : A l’intérieur de soi, oui, ce qui veut dire de manière unique, sans référence extérieure ; dans l’incertitude d’une raison qui résisterait à toute contradiction, avec la menace jamais loin du doute (puisque l’autre a une raison différente) et dans le fait que ce qui est sûr aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain.
Et aussi dans la peur de ce que je vais trouver ; dans la détresse que ce que je vais voir soit loin de l’idéal humain ; dans l’angoisse que ce que je découvre en moi ne soit pas conforme à la belle image que je veux donner de moi. Ce besoin fondamental d’un humain d’être plus que beau, magnifique, est enfoui en moi et avec lui la terreur de son inverse, des côtés de moi blâmables, détestables. Cette conscience qui peut aller de l’appréciation de la beauté intérieure au reproche quand nous sommes laids est liée à la recherche d’un monde idéal, du Jardin d’Eden dont la porte d’entrée est justement l’idéal humain mais vécu, réaliste pas mythique.
La concrétisation de l’idéal humain est pour l’instant impossible. C’est une utopie qui sert à nous faire avancer, à nous donner envie de changer. Cette énergie de changement : partir de ses côtés égoïstes, individualistes, violents, haineux, intolérants, autosatisfaits, peureux, etc., pour construire une nature d’empathie, de bonté, de courage, d’intelligence, d’acceptation, etc., est une petite porte en soi sur un grand idéal.
J’ai commencé à changer ; je perçois déjà les premières libérations de ma personnalité individualiste, égocentrique, autosatisfaite. De l’extérieur ça ne se remarque pas. Mais de l’intérieur tout devient différent. Des tensions s’apaisent ; des duretés s’adoucissent ; des fermetures s’ébrèchent ; des raideurs s’assouplissent, des obsessions disparaissent ; des manques qui faisaient souffrir se transforment en réflexion… Ce ne sont que des promesses tant le travail de changement est énorme. Pourtant, quelque chose a commencé à bouger. Oh bien sûr, mon changement n’est pas linéaire ; mes habitudes, mes doutes, mes faiblesses me reprennent. Mais j’ai senti à quel point changer est possible et cette découverte est fondamentale car alors ma nature va dépendre de ma volonté d’être.
Je sens même des signes que je suis sur le bon chemin : l’extérieur semble réagir positivement à mon évolution. D’abord dans mes relations humaines, je sens que je suis plus apprécié ; l’écoute, la présence, l’appréciation d’autrui sont plus agréables. Etrangement, des convergences s’établissent, des rencontres s’opèrent comme si elles avaient été organisées ; des évitements se produisent comme si j’étais protégé. En fait, il s’agit de signes de mon inclusion dans une dimension de la réalité qui ne peut s’aborder qu’en cultivant son jardin intérieur idéal, son espace de beauté, l’incroyable présence de forces dédiées à la beauté du monde, pour une terre d’amour, de liberté, de sérénité, de paix partagées. Par mes efforts, j’ai créé en moi un début de jardin intérieur, la réplique en miniature du Jardin universel. J’ai établi un pont entre la Raison du monde et ma raison. Cette rencontre, par sa subtilité échappe à toute définition. Je ne peux rien en dire. Je ne saurais même pas quoi en faire.