Un questionnement sans fin

On trouve l’idée de paradis perdu dans beaucoup de mythologies. « Paradis », ce mot de nos jours est complètement galvaudé mais nous oublions qu’au départ, de grands textes fondateurs de civilisation comme La Bible ou Le Coran faisaient du Jardin d’Éden une réalité. Pendant des milliers d’années, les humains de tous les continents ont eu le sentiment qu’il existait une force ou des forces supérieures qui guidaient leur vie et auxquelles ils devaient se soumettre.  Ils évoquaient une rupture avec ce monde divin et cultivaient la nostalgie d’un temps de bonheur perdu alimentant une soif d’autre chose, d’une autre réalité, d’une autre vie. Puis, en Occident, des philosophes ont décrété la mort du divin.

Alors, le Jardin d’Éden, mythe ou réalité ?

Un phénomène peut nous troubler : En fonction des aléas des conjonctures, la soif d’un ailleurs reste très active dans les psychés humaines et la réalité est toujours aussi décevante. Des mythes puisés à la culture moderne tentent d’étancher cette soif. En vain.

Si Dieu est mort et si le Jardin d’Éden est une légende, qu’est-ce qui pousse encore l’humanité vers un idéal qu’il ne trouve pas, auquel il ne cesse de rêver et pour lequel il s’interroge en profondeur ?

Depuis que l’humain s’est mis debout et observe ce qui l’entoure – pas pour apaiser sa faim ou sa soif, pas pour trouver un lieu où résider, pas pour se réjouir de la prodigalité de l’endroit où il vit… non – pour contempler un univers sans dimension ; depuis cette disposition de voir au-delà de lui, il s’interroge. Son esprit cherche des réponses à un questionnement profond.

Les premières réponses apportées racontent des origines crées par des divinités, des rapports privilégiée du peuple avec ces dieux et la place de ces récits dans les morales et les modes de vie. Rétrospectivement, ces transmissions ont été appelés mythes et les professions qui les véhiculaient ou les expliquaient, nommées religions. 

Qu’est-ce que cet universalisme a inspiré aux sciences modernes ? Beaucoup de considérations qui ont débouché sur de nouveaux domaines, anthropologie, ethnologie notamment. Mais elles n’ont pas perçu la raison vitale du mythe qui est d’apaiser le trouble que génère un questionnement sans réponses. Elles n’ont pas donc trouvé l’intelligence de dépasser le fait religieux. Elles se sont dit simplement que les religions étaient superstitieuses et qu’il fallait aborder les grandes questions fondamentales avec un autre angle de vue, par d’autres méthodes. Cette incapacité d’assimiler l’héritage du passé a affaibli la démarche scientifique.

Finalement, religions et sciences n’ont pas épuisé l’inquiétude causée par la perte d’une Cause supérieure, la nouvelle ignorance de la raison d’être du monde, du fonctionnement de l’univers, de ses mécanismes, de la nature et la présence de l’humanité sur terre. Pour s’en convaincre, il suffit de se poster devant les étalages des marchands de journaux sur lesquels s’alignent dans un flot continu, des dizaines de mètres de revues spécialisées dans les domaines les plus variés.

Mais y a-t-il vraiment un rapport entre le Jardin d’Éden et cette quête ? Comment répondre à cette question tant que l’humain ne sait pas ce qu’il cherche ? Depuis que les humains ont cherché des réponses à leur grande interrogation intérieure donc depuis… quand finalement ? Sans doute, depuis le divorce avec l’Au-delà investi dans l’humain, depuis l’éloignement d’une force métaphysique incrustée dans l’être humain, depuis ce temps donc, le questionnement qui habite l’humanité, serait une manière de chercher le Jardin, cette terre idéale.